L’amour vs la machine

Avec “Avec le temps”, “Brandt Rhapsodie” est une de ces chansons pour lesquelles on n’a pas le choix. Ce ne sont plus des chansons, elles sont la vérité.

image

Je n’aime pas Ferré. Vraiment pas. J’ai tenté, j’ai échoué. Mais peu de chansons m’émeuvent comme celle-ci. Quand elle déboule dans mon casque, très souvent, je prends conscience que je n’étais pas en train d’écouter la musique réellement.  La vérité du texte me saute à la tronche et me tétanise.

Je n’écoute pas vraiment “Brandt Rhapsodie” au casque, plutôt chez moi, dans la pièce principale, quand je suis seule. Je suis alors la ménagère en qui sommeille de façon très légère une adolescente au coeur brisé. Mais est-il des adolescentes dont le coeur n’est pas brisé ?

Quand on écoute Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal égrener les Post-it, on visualise immédiatement  qu’ils mesurent les degrés de la déchéance d’un couple. On cherche à savoir où on se  situe sur cette échelle. Pour en avoir parlé avec des personnes qui connaissent cette chanson, je sais que le réflexe est plutôt répandu. Et mène inéluctablement à la mélancolie satisfaite de “celui qui sait”.

Si vous êtes plutôt jeune – et je ne parle de se trouver jeune, je parle de l’être –  et que votre histoire d’amour en est à ses balbutiements, fuyez. Préservez la connerie naïve des premiers émois. Dans le cas contraire, accordez cinq minutes à l’écoute de cette chanson. Quel que soit votre attrait pour Jeanne Cherhal ou Benjamin Biolay. Parce que la sobriété de leur interprétation met en valeur la froideur chirurgicale du texte. Là, je sens bien que décrire une chanson d’amour en parlant de “froideur chirurgicale”, ce n’est pas vraiment servir mon propos.

C’est pourtant exactement grâce à ça que Brandt Rhapsodie vous achève. Ca commence avec une ligne de basse au rythme volontaire et aux notes découragées. S’ensuivent des phrases courtes, où le prosaïque finit par avoir raison de la passion. Et hop, “just like that” (Carrie Bradshaw for ever), on capitule. On admet la mascarade délicieuse puis fatale qu’est la vie de couple. Bref, on termine à la fois déprimé et réconforté.On est un peu malheureux, mais ordinaire, donc normal. Et peu de choses peuvent rassurer plus que ça l’adolescente en train de préparer un pot-au-feu. Tout va bien, finalement.

Laisser un commentaire