Habillé en After Eight (ou plutôt en Eight After, puisque la menthe domine), Albin de la Simone était hier au Café de la Danse. Un concert que des cons qualifieraient de “minimaliste”. Le type étant un excellent musicien et arrangeur, le moindre détail a du sens et du charme. Seuls sa voix et son clavier sont sonorisés, les cordes et percussions ne le sont pas. Lui danse parfois, d’une danse libre, non technique et qui serait ridicule si elle n’était pas communicative. Mais il sait attirer l’attention sur un mouvement de sourcil, si bien qu’il n’est pas tenu de s’agiter comme un gland pour mettre de l’ambiance.
Il arrive sur scène, présente ses musiciens (François Lasserre, là depuis toujours) et le dispositif du concert comme le ferait le serveur dans un resto vaguement chic. Il s’assoit et débute par “Dans la tête”.

Il extirpe ensuite de ses 5 albums de quoi raconter une histoire un peu triste et très juste. Celle du couple subclaquant qui parfois surnage et lutte contre la possibilité de l’adultère. Celle du couple où l’un rassure l’autre, où les deux vieillissent et où l’on s’aime en s’étonnant de la forme que l’amour prend quand il a survécu. Quand la séduction appartient à un lointain passé, on utilise le couple pour se détourner de ses névroses. On le regarde s’éteindre doucement des années en pensant parfois que l’amour ne devrait pas être un pansement. On est bien sûrs qu’à un moment, il faut l’arracher, ce putain de pansement, devenu cradingue et se décollant. Et le couple que chante Albin de la Simone est finalement la cicatrice sous le pansement.
Une aspérité sans sang ni douleur, constitutive de la personne qu’on est devenu. L’amour qui dure toujours existe et on découvre en écoutant ses chansons que c’est forcément un sentiment revenant, un genre de mort-vivant. L’amour, après 40 ans, est là parce qu’il a survécu au point de non retour.
ADDENDUM (encore, oui) : Je réécoute « How you remind me » après avoir terminé ce post. Le sujet est exactement le même, je n’en avais aucune idée.