Seultou

mano

J’écoute Mano Solo depuis ce qui, d’après l’état civil et la biologie, s’apparente à la fin de l’adolescence. Pour ma part, je n’ai jamais été bien certaine qu’elle ait été terminée.

Le souvenir des premières écoutes est très lié à celui d’après-midi à fumer dans un bang donné, en excellent commercial, par mon dealer. Mes deux premières années de fac se confondent en une longue après-midi à “coller des douilles” seule, en écoutant Mano Solo. Le temps qui passe a la gentillesse de faire passer ça pour de bons souvenirs.

Coupée du monde et cotonneuse, j’ai passé un temps fou avec les chansons de Mano Solo. Cette habitude a traîné en longueur et a parfois évolué au long des quelques années qui ont suivi.  Je n’ai ensuite écouté ses chansons que de façon sporadique. Puis, pendant ma grossesse, j’ai écouté à nouveau ses albums.

J’étais tombée, quelques semaines plus tôt, dans un bar de quartier, sur une fille jolie mais un peu abîmée qui reprenait en concert et au piano Mano Solo. Exaltée, elle affirmait que les chansons de Mano Solo étaient, en réalité, très joyeuses. Elle s’est ensuite lancée dans une hagiographie d’ivrogne irrégulièrement intéressante. N’empêche que sa phrase me faisait hésiter. Je ne savais pas si elle en faisait des caisses ou si elle disait juste.

D’abord empêchée par la chrétienne honte de vouloir écouter des chansons tristes pendant ce moment d’euphorie obligatoire, je me remémorais sans les écouter les chansons que je connaissais le mieux.

Puis, je me suis repassée chacun de ses disques. Seule, l’après-midi. La différence était que la grossesse était l’état qui me rendait à fleur de peau. Et j’ai repensé à ce qu’avait dit la fille. A l’heure où j’endossais pour toujours la responsabilité de quelqu’un, je prenais plaisir à me rappeler ce que c’est d’être solitaire.

Je n’irai pas jusqu’à parler de “joie”mais de soif de vivre, si. J’ai failli vous remettre un “inextinguible” pour la route, mais on frôlerait l’overdose, et en parlant de Mano Solo, ça serait de mauvais goût.

Après mon DEUG, j’ai continué à écouter ses albums et j’ai connu en même temps une période « collage ». J’assemblais des photos, des dialogues de films, et en tapissais les murs de ma salle de bains et de toilettes. J’avais pas la place pour mettre des magazines, mais les copains qui passaient avaient quand même de la lecture. J’avais recopié le début des paroles de “Tous les jours”, qui est pour moi, une de ses chansons les plus importantes. Quand je l’écoute aujourd’hui, ça me fait toujours ce truc qui n’est pas de la nostalgie, mais pas loin. Comme quand on repense à l’amour – non réciproque, bien sûr- qu’on a ressenti adolescent pour une créature populaire et dédaigneuse. On n’a plus aucun intérêt pour l’objet de cette affection passée, mais beaucoup de tendresse pour la personne qu’on était alors. Un peu con, incapable de recul, vivant un nouveau drame chaque semaine.

J’aime toujours la musique de Mano Solo. Je regrette toujours de ne pas l’avoir vu en concert, mais, en plus, “Tous les jours” me rappelle la jeune fille que j’étais. Cette chanson, c’est comme si je la prenais dans mes bras pour qu’enfin, elle pleure un peu. Pas de la nostalgie, mais pas loin.

2 réflexions sur “Seultou

Laisser un commentaire